Une campagne maladroite : MdM et son "Faire pleurer un enfant ça peut lui sauver la vie"

Publié le 27 Juillet 2015

Dans le monde, chaque année, 4 millions d"enfants meurent de maladies qui pourraient être évitées. Voilà le constat que fait l'ONG Médecins du Monde et sur lequel se fonde sa dernière campagne.

Dans le métro ou dans n'importe quel lieu de passage vous avez peut-être vu ces affiches. Il s'agit de la nouvelle campagne de Médecins du Monde : « Faire pleurer un enfant, ça peut lui sauver la vie ».

#Makeachildcry

Une campagne maladroite : MdM et son "Faire pleurer un enfant ça peut lui sauver la vie"
Une campagne maladroite : MdM et son "Faire pleurer un enfant ça peut lui sauver la vie"
Une campagne maladroite : MdM et son "Faire pleurer un enfant ça peut lui sauver la vie"
Une campagne maladroite : MdM et son "Faire pleurer un enfant ça peut lui sauver la vie"

En complément, un spot tourne aussi sur les télévisions:

Médecins du Monde est une ONG qui effectue un travail remarquable, là n'est pas la question.

Le but de cette campagne est fort louable, là n'est pas la question.

Ce qui m'interpelle personnellement c'est à la fois le fond ET la forme, mais particulièrement le fond, le slogan. L'accès aux soins est un challenge important mais ici, selon moi, on fait face à des choix douteux de politique marketting. Cette campagne je la juge clairement maladroite et violente. Et je trouve cela dommage de la part d'une ONG que j'admire énormément. Pourquoi?

 

1. La campagne part du principe qu'on ne peut soigner un enfant sans qu'il pleure

---> FAUX

Evidemment que l'on peut soigner un enfant sans le faire pleurer à tous les coups. Ici on tend à faire penser aux destinataires que le soin passe obligatoirement par les pleurs (pleurs de peur, pleurs de souffrance physique). C'est un peu réducteur.

2. La campagne utilise des images violentes

Bon, c'est un peu le but de chacune des campagnes de Mdm, choquer, interpeller, tout ça tout ça... Mais voir et entendre des enfants pleurer, personnellement je ne le supporte pas. Je dois être trop empathique. Et me dire que pour faire les clichés et tourner le spot publicitaire, il a fallu faire pleurer des enfants, ça aussi j'ai du mal...

3. Le slogan est clairement un appel à la violence

C'est là le point le plus important et le plus grave. Les concepteurs de la campagne n'ont, à mon sens, pas du tout envisagé la récupération du slogan qui peut être faite dans des cas de VEO. Cette campagne véhicule une image très très dangereuse de l'éducation, celle du "c'est pour ton bien", celle du "souffre pour grandir et devenir un homme". Là on nie clairement les émotions d'un enfant, on laisse supposer qu'avoir mal c'est pour son bien. Imaginez la récupération qui peut-être faite de ce slogan par les pro-fessées et autres châtiments corporels! Cette campagne peut laisser supposer que laisser pleurer un bébé seul dans sa chambre noire, c'est bien. Cette campagne peut laisser supposer qu'un enfant qui pleure parce qu'on l'aurait tapé c'est bien. Bref, je ne vais pas lister tous les cas de récupérations possibles, des exemples destructeurs.

Et puis le texte "make a child cry".... c'est quoi cette politique de communication??? "Faites pleurer un enfant"! Et bien je pense que la formulation est fort mal choisie. De la façon dont le slogan est tourné, la conséquence de l'acte médical, à savoir pleurer, en deviendrait presque le but. C'est vraiment douteux comme forme rhétorique!

 

Encore une fois, je tire mon chapeau à cette ONG et à son action, mais là je ne cautionne pas du tout cette dernière campagne qui peut se révéler dangereuse si elle est récupérée par des personnes malveillantes pratiquantes de la VEO, car le raccourci sera, pour certains, vite fait ! Et, en France, nous n'avons pas besoin de ça.

 

 

 

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Rédigé par Maman Chameau

Publié dans #Inclassable

Commenter cet article

Valérie 03/08/2015 10:38

Totalement d'accord !

A-L 29/07/2015 23:23

Merci pour ce billet très juste.
J'ajouterais qu'elle est d'autant plus violente car lisible par les tout petits.
Se retrouver face à ces images en très grand format dans le métro avec des petits ne fut pas une expérience agréable.