Ecole et sexisme

Publié le 20 Avril 2020

Ecole et Sexisme

 

Pendant longtemps la sociologie de l’éducation n’avait d’yeux que pour les inégalités sociales à l’école. Les inégalités de sexe étaient les grandes oubliées. Heureusement, aujourd’hui des études viennent nourrir une réflexion nouvelle.

En France on a eu tendance à croire que la mixité introduite par la réforme Haby (1976) suffisait à générer une égalité de fait, et que si les inégalités persistaient c’était du fait de la famille, de la société, mais pas de l’école.

 

1. L’école vectrice de transmission de la socialisation sexuée par les stéréotypes de sexe

Les stéréotypes sont un ensemble de croyances rigides voire caricaturales, concernant les caractéristiques supposées d’un groupe social qui tend à standardiser les membres du groupe. Il y a parfois un groupe dominant valorisé et un groupe dominé dévalorisé, ce qui produit une hiérarchie entre les groupes. C’est ce qui se passe pour le racisme et également pour le sexisme.

Les stéréotypes sexistes influencent notre regard et notre conduite. Les effets psychologiques sont très importants.  L’un des problèmes majeurs est qu’ils sont inconscients et ancrés ; c’est de la « cognition sociale implicite ». Notons également que ces séréotypes sexistes que l’enfant retrouve à l’école, il les a expérimentés à la maison (et, la plupart du temps, ils sont également non conscientisés), dans les médias, par ses jouets, dans les publicités, etc. Finalement l’école n’est qu’une continuité de ce que l’enfant expérimente à l’extérieur.

Comment le sexisme se traduit-il à l’école ?

1.  Dans la cour de récréation, les garçons occupent l’espace par des jeux dynamiques au centre de la cour. Les filles sont alors repoussées aux marches de la cour.

2. En classe, les garçons occupent « l’espace sonore » (cf. travaux de Claude Zaidman). Ils interviennent beaucoup plus. Leurs interventions spontanées sont mieux tolérées par les enseignants.

3. Les enseignants ne réagissent pas pareil selon le sexe de l’élève. Ils interagissent beaucoup plus avec les garçons (rapport de 2/3 pour les garçons et 1/3 pour les filles) et leurs posent des questions plus complexes, ou liées à des savoirs nouveaux (ils interrogeront plus facilement des filles pour la réactualisation de savoirs déjà acquis).

4. Les enseignants n’ont pas la même attente. Nicole Mosconi parle de « double standard ». Je la cite : « sur les comportements en classe, d’abord : la dominance des garçons est acceptée ; leur indiscipline est vue comme un comportement fâcheux mais inévitable, (« ce sont des garçons ! ») alors qu’elle est rejetée parfois violemment chez les filles, parce qu’une fille « doit » être docile et soumise ; et si elle ne l’est pas l’enseignant-e le ressent comme une hostilité personnelle à son égard et beaucoup moins quand il s’agit d’un garçon ; double standard aussi sur le travail scolaire : une bonne copie est plus valorisée si le correcteur ou la correctrice croit que c’est une copie de garçon que s’il-elle croit que c’est une copie de fille et la copie supposément de garçon est plus dévalorisée si elle est mauvaise ; Ils/elles ont tendance à considérer que les garçons « peuvent mieux faire », c’est-à-dire qu’ils ont plus de capacités que leurs performances effectives, mais qu’ils ne travaillent pas assez ; les filles, elles, sont supposées « faire tout ce qu’elles peuvent » ; leurs résultats sont généralement attribués à leur travail, à leur application, et non pas à leurs capacités et elles ne sont pas supposées avoir de capacités au-delà de celles dont elles font réellement preuve. Ces jugements des enseignant-e-s ont des effets qu’on a constaté sur les représentations des élèves : à l’adolescence, les filles croient que, si elles ne réussissent pas, c’est qu’elles ne sont pas « douées », en particulier en mathématiques (« je suis nulle en maths »), alors que les garçons pensent que c’est parce qu’ils n’ont pas assez travaillé ou que le professeur a mal expliqué... » (source : http://cache.media.education.gouv.fr/file/orientation-formations/16/5/SYSTeME_SCOLAIRE_STeReOTYPES_SEXUeS_402165.pdf ). Tout ceci additionné peut expliquer le fait que les filles aient un sentiment de compétence et une estime de soi moindres que les garçons.

5. la notion de curriculum caché (issue de la sociologie anglaise) est fort importante. Ce sont toutes « ces choses qui s’acquièrent à l’école (savoirs, compétences, représentations, rôles, valeurs) sans jamais figurer dans les programmes officiels ou explicites » (Forquin, 1985).  L’apprentissage à construire des identités féminines et masculines inégales ferait donc partie de ce curriculum caché. C’est notamment le cas avec le masculinisme. Par exemple, en histoire ou en littérature les « grands hommes » sont nombreux… alors que les « grandes femmes » non. C’est une forme de message implicite envoyé à tous. Si les femmes sont invisibles dans l’histoire ou la culture c’est que leur importance est vraiment mineure. Dans la même optique, l’analyse des contenus des manuels scolaires montre qu’ils participent de ce curriculum caché.

6. les filières et orientations laissent deviner une division dichotomique féminin-masculin. Ainsi les sciences et le sport sont vus comme des disciplines plus masculines, alors que la littérature et les langues vivantes sont féminines. Cette dichotomie s’accentue au fil du cursus scolaire.

7. Le système punitif scolaire est viriliste. Je m'appuie sur un chapitre extrait du livre L'impasse de la punition à l'école écrit par Eric Debarbieux (2018) qui s'appuie sur son rapport Les violences sexistes à l'école. Il montre que les garçons développent leur virilité en étant plus punis, et ce, de manière répétitive. Une identité masculine caricaturale se construit parfois sur la sanction.

8. L'école est un lieu permettant de réactualiser et réaffirmer les différences de sexe. Dès l'âge de 18 mois un enfant est en capacité de connaître son appartenance sexuelle. Et c'est au fil de sa scolarité qu'il construit son identité liée à cette dernière. A l'école les enfants savent qu'ils sont de sexes différents. Leurs jeux et comportement de sociabilité réaffirment cette différence. Les garçons et les filles ne jouent pas ensemble. Celio qui transgresserait la règle serait victime de moqueries. La ségrégation sexuelle devient alors un phénomène de groupe. 

Il est primordial que l’ensemble de la communauté éducative prenne conscience de tout cela. Je comprends que cela soit difficile à entrevoir de se dire que malgré son engagement contre les inégalités on y est plongé, bien malgré soi. Mais les mettre en lumière c’est la première étape pour les combattre. 

C’est une obligation légale, quoiqu’on en dise. L'École compte parmi ses missions fondamentales celle de garantir l'égalité des chances des filles et des garçons. C'est le sens des articles L. 121-1 et L. 312-17-1 du code de l'éducation qui disposent que l'École contribue, à tous les niveaux, à favoriser la mixité et l'égalité entre les femmes et les hommes, notamment en matière d'orientation, ainsi qu'à la prévention des préjugés sexistes et des violences faites aux femmes.

 

2. Quelques ressources

- un site institutionnel avec des outils : https://eduscol.education.fr/cid46856/les-enjeux-de-l-egalite-filles-garcons.html#lien1 ;

- quelques outils : https://www.reseau-canope.fr/outils-egalite-filles-garcons/ ;

- la plateforme de vidéos Matilda : https://matilda.education/app/ ;

- le site Muséa qui propose des expositions virtuelles réalisées par des universitaires sur l'histoire des femmes et du genre : http://www.musea.fr/

- le site de l’ONISEP sur l’orientation mais pas que : http://www.onisep.fr/Equipes-educatives/Egalite-filles-garcons

Ecole et sexisme

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Rédigé par Maman Chameau

Publié dans #Enseigner Autrement, #Ecole, #Sexisme, #Féminisme

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Audy23 08/05/2020 11:04

Encore un article très pertinent ! Merci, Soline !

Emilie 23/04/2020 10:19

Oh merci pour ces précieuses ressources !
Durant mes stages, avec des jeunes de 16ans, j'ai bien vu effectivement que les garçons prennent vite la place en classe par rapport aux filles. Leur permettre à elles de s'exprimer, leur demander, valoriser leurs paroles et interventions ont eu vite un effet positif: elles se sentaient "capables d'affronter" les garçons. En 4h de cours, j'ai vu la différence et c'est assez sidérant.